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Cahier des charges : Logique de marché ou logique bureaucratique ?

Après l’euphorie née de la publication du cahier des charges, les opérateurs du secteur, constructeurs et concessionnaires après lecture approfondie de ce nouveau texte régissant leurs activités, relèvent de nombreux points risquant d’impacter à la hausse le prix des véhicules neufs.

Selon la majorité des prétendants à l’agrément de concessionnaire automobile et quelques constructeurs que nous avons contacté, le cahier des charges 22-383 du 17 Novembre 2022 est loin de prendre en compte les préoccupations du marché en quête d’accès à un véhicule neuf à un prix acceptable. Très attendue, la publication du nouveau cahier des charges a, dans un premier temps, été accueillie avec optimisme. Mais après quelques jours, et une étude détaillée de ce document, ils sont aujourd’hui unanimes à prévenir que son application impactera sans aucun doute, les prix des véhicules neufs, à la hausse. Ils considèrent que ce document ne tient pas compte des impératifs de logique de marché, mais au contraire fait la part belle à la logique bureaucratique.

Autorisation préalable et 28 agents agréés

En effet, ils considèrent que la mise en place d’une autorisation préalable d’une durée de validité d’une année qui leur permettrait de réaliser leurs investissements aussi bien dans leurs concessions que celles des réseaux de leurs marques respectives, sans pour autant qu’ils puissent exercer leur métier d’importation et de distribution pendant toute cette période, et encore pire, sans avoir la certitude ni la garantie d’accéder à l’agrément de concessionnaire automobile, est incompréhensible. Selon eux, comment peut-t-on investir des sommes colossales alors qu’il est possible que l’agrément ne nous sera pas accordé ? A notre remarque leur faisant rappeler que leurs infrastructures sont déjà prêtes et répondent aux exigences du cahier des charges, ils répliquent à l’unisson pour invoquer l’obligation qui leur est faite par l’article 27 de mettre en place un réseau de distribution de 28 agents agréés en l’espace d’une année ! Selon eux, et en raison des coûts élevés de la location de sites d’une surface totale de 2 300 m2 estimés entre 600 000 et 1 000 000 de DA, selon les Wilayas, en plus des équipements liés à l’activité de réparation et d’entretien à mettre en place, la rentabilité de ces affaires chez les agents agrées est loin d’être assurée. Ils évoquent en guise d’arguments la faiblesse des volumes qui seront importés par certaines marques activant dans le segment des poids lourds, ou les marques de véhicules particuliers haut de gamme, ou encore des marques généralistes, dont la notoriété est assez faible sur notre marché. Pour eux, ces surcoûts engendrés aussi bien par le surdimensionnement des infrastructures et l’obligation de mettre en place un réseau de distribution constitué de 28 agents agréés, à réaliser sans aucune garantie d’accéder à l’agrément de concessionnaire, constituent des freins au développement de leur activité et vont sans aucun doute impacter le prix de vente des véhicules neufs. Ils estiment cet impact à environ 350 000 Da !

La gestion des marques doit revenir aux concessionnaires !

Poursuivant leur argumentaire, ils considèrent à juste titre que le concessionnaire automobile doit être seul à même de juger de l’importance du réseau à mettre en œuvre au cours de la première année, mais également en se projetant vers l’avenir, et ce au regard des particularités de chaque marque. Ils rappellent également qu’en tant que gestionnaires, c’est eux qui prennent les risques et que c’est à eux seuls de prendre et d’assumer leurs décisions. Ils rappellent que les constructeurs qu’ils représentent leurs fournissent des cahiers des charges et des chartes qu’ils sont tenus de respecter pour accroitre la notoriété de la marque, d’une part mais aussi et surtout pour assurer une qualité de service appréciable aussi bien dans l’activité commerciale que dans le service après-vente, car il y va de la pérennité de la marque sur le marché, concluent-t-ils.

Dans la même perspective ils soulignent que l’industrie automobile est aujourd’hui constituée de grands groupes détenant des portefeuilles de plusieurs marques. Cela a été rendu possible par des absorptions, des rachats ou des alliances. Disposer d’un portefeuille de plusieurs marques autorise des économies d’échelles d’une extrême importance. Constitués en groupe, les marques unissent leurs efforts pour réduire leurs dépenses par d’une part, des achats groupés, d’autre part le partage des organes tel que moteur-boîte de vitesse, châssis, composants et pièces qui deviennent communs à de nombreux modèles de plusieurs marques. Même les infrastructures des réseaux de distribution sont mises à contribution pour réduire les charges d’exploitation. La mutualisation de tous ces aspects liés aux achats, à la production et à la distribution, permet en bout de compte aux marques, de réduire les coûts et de dégager de substantiels bénéfices.

C’est exactement cette même démarche que souhaitent adopter les opérateurs de la distribution automobile, en allant vers une gestion rationnelle des ressources qui leurs autoriserait de réaliser d’importantes économies et d’atteindre un seuil de rentabilité minimal, sans pénaliser le marché en répercutant des charges onéreuses sur le prix du véhicule. A la question de savoir si une éventuelle révision du cahier des charges est souhaitable, ils répondent unanimement que oui ! Souhaitant en même temps que le processus enclenché pour l’obtention de l’agrément ne soit pas suspendu, ce qui provoquerait de nouveau délais et de nouveau retard pour le démarrage de notre activité, et serait dommageable pour l’économie du pays et par extension aux citoyens.

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